LES RITES DE LA PLUIE CHEZ LES IFLISSEN LEBHAR (Tifra, Tagemunt, Tensa, Tamdesht, Azra)
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Une maison d'Ifflissen lebḥar et Abraḥis"cour" |
En plus du rite Anẓar , dieu de la pluie chez les berbères ou Tislit bu-Nẓar , au temps de la sécheresse ou on entonnait la chanson , Anẓar , Anẓar , a ṛebbi swiṭ a raẓar, adebben yirden buzrar , adarnun wid uzaɣar tout en embellissant une louche Aɣunǧa neɣ Iflaw en guise de mariée comme offrande pour le dieu Anẓar dans l'espoir qu'il accepte de faire tomber la pluie. en voila:
LES RITES DE LA PLUIE CHEZ LES IFLISSEN LEBHAR ,
Comme les rites de labours et pour les mêmes raisons vitales, les rites de pluie ont longtemps gardé toute leur importance et se sont maintenus intacts à travers les siècles. Ils sont, chez les Iflissen, la spécialité de la fraction de Tifra. Loin de relever d'une improvisation « magique », ils font appel à des structures sociales précises, au même titre que l'organisation politique ou que le réseau des labours.
La fraction de Tifra comprend quatre villages : Tagemunt (la petite colline), Tensa (le vallon encaissé), Tamdesht (la cuvette), Azra (le belvédère).Le village de Tensa fut fondé par un soldat turc venu d'Alger, Yahia ben Yahia Tageshririt, à une époque qu'il est impossible de préciser. Auparavant, ce soldat turc avait habité le village d'Azerubwar, chez les Wagennun, avec son frère Yusef u Mansur. Ils vinrent ensuite se fixer à Tifra. Yahia eut cinq fils qui ont fondé les cinq quartiers du village de la Tazeqa buadda — le clan d'en-bas. Yusef eut quatre fils fondateurs des quatre quartiers de Tazeqa ufella — le clan d'en-haut — auxquels se sont ajoutés les Aït-Selama, les esclaves noirs du dernier des quatre fils de Yusef : U-hamza et les Ait Ughrâs, esclaves de Si Hand Ahorfush.Un solitaire sans enfants, Faristu, vivait également jadis à Tifra. Il a été tué par les gens d'Ighil 'amer et de Tizi tamellalt : deux villages de la fraction voisine des Aït-Zrara. Il fut enterré près de Tamdesht dans un terrain sans cesse modifié par des éboulements.Deux des fils de Yusef, U-shikh et U-harfush, moururent également sans enfants. Sidi Hand Aherfush demanda, avant sa mort, à être enterré à Tagmunt au sommet d'un mamelon, de façon à « voir » et par conséquent à protéger les quatre quartiers du clan d'en-haut.Il avait auparavant adopté un certain nombre de familles qui sont devenues sa descendance et habitent Azra.
Sur la tombe d'U-shikh est déposé un vase d'un métal précieux : tabuqalt bushikh ou taiuqalt u-hamza, enveloppé d'une peau de bouc noir.Si une sécheresse se déclare, le plus âgé des hommes de la famille adopté par Mohand u-shikh et, une année sur deux, le plus âgé des hommes de la famille adoptée par Sidi Hand Aherfush, se rend la nuit, les yeux fermés, au tombeau d'U-shikh. Il prend le vase sacré qu'il ne pourrait voir sans mourir ou devenir aveugle aussitôt, puis il se rend à la source dite Tala el Hadj — la source du pèlerin — a Tamdesht et le remplit l'eau. Ensuite, toujours les yeux fermés, il va à la djema'a Faristu, pose le vase sur la tombe et s'assied dans un coin du sanctuaire. A ce moment, il peut ouvrir les yeux, mais il doit rester dans le sanctuaire tant que les derniers rites ne se sont pas déroulés. Avant que sept jours ne s'écoulent, la terre bougera et le vase se renversera, répandant sur la tombe l'eau de la source sainte. Selon d'autres traditions, c'est un chacal qui pénètre dans le sanctuaire et renverse le vase. Alors, la pluie tombe, mais celui qui a accompli les rites mourra ou, sinon lui, du moins l'un de ses fils ou un boeuf de son étable. En 1948, Si Sa'adi u-'amar est mort après avoir accompli les rites.Cette cérémonie ne pouvait avoir lieu qu'au printemps, vers mars-avril. Préalablement, les habitants des quatre villages de Tifra devaient avoir égorgé des boeufs noirs en nombre pair, le même jour, ce qu'ils ne faisaient qu'en cette occasion.Ce rite de pluie extrêmement particulier est aussi étranger aux traditions populaires kabyles qu'un vase de métal précieux l'est aux techniques locales. Peut-être est-il une conséquence de l'origine turque attribuée aux fondateurs du village.
En effet, les Mongols défendaient expressément, durant le printemps et l'été, de puiser de l'eau dans un vase d'or ou d'argent...
Ils étaient persuadés que la rupture de cet interdit produisait infailliblement des orages, (cf. Easchid-eldin : Histoire des Mongols de la Perse, trad. M. Quatremère t. I, Paris, Imprimerie Eoyale, in-fol. 1836 addition aux notes p. 443).
Il n'est pas jusqu'à Fradhâkhshti, le Fils de la Cruche dont parle le Zend-Avesta qui n'évoque, assez curieusement, Faristu, l'ancêtre éponyme des Iflissen (cf. J. Darmesteter : Zend-Avesta, t. II, p. 551 ; cf. également Dorn : History of the Afghans, II, p. 129).
Ce fait nous montre l'intégration d'une croyance étrangère au substrat des croyances locales. Sa proche parenté avec des traditions mongoles ne peut s'expliquer de façon satisfaisante, ni par la convergence ni par une coïncidence. Il renforce la véracité de la tradition orale : la présence d'un déserteur turc fondant avec son frère le village de Tifra.

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